… suivie de l’action

Une fois le constat réalisé, il faut trouver sa solution au problème ou au moins une partie pour ensuite faire son propre cheminement. Ce qui suit concerne notre expérience et seulement notre expérience, elle ne pourrait être transposable directement à d’autres personnes mais plutôt être considérée comme une source d’inspiration dans le sens où oui c’est possible !

Nous vivons à Paris, une ville musée où il n’existe que trop peu d’espaces verts pour se sentir proche de la nature. Heureusement, nous disposons de quelques jardins, parcs et bois que nous fréquentons le weekend pour des balades de quelques heures. On se rend vite compte qu’éloignés du bruit ambiant, on se sent mieux, encore eût-il fallut l’expérimenter pour s’en rendre compte. Les souvenirs de jeunesse reviennent, ceux où l’on contestait la promenade du dimanche dans les grandes étendues de la Champagne crayeuse. Rapidement, nous souhaitons élargir nos horizons, Paris nous étouffe. Nous faisons l’acquisition de vélos chez Décathlon, ils vont nous offrir un peu plus d’autonomie et la possibilité de faire des parcours plus intéressants[1].

Du vélo dans Paris oui mais en dehors, c’est mieux. Nous faisons des petites virées le samedi ou le dimanche : vélo dans le train à Gare du nord pour rejoindre la région du Vexin par Auvers/Oise. Elles remplacent les nombreuses heures où nous sommes restés enfermés dans les salles de fitness qui ne faisaient que masquer un symptôme plus global. Quel plaisir de sortir du train avec le vélo, quelques coups de pédales, 10 minutes plus tard, nous voilà au milieu des champs. Nous découvrons le grand plaisir de traverser les petits villages et de nous arrêter autour des églises, vestiges d’un temps passé. Nous redécouvrons aussi la gentillesse entre les gens, le partage… choses assez rares dans une ville surpeuplée comme la nôtre.

Une journée de vélo, c’est bien mais c’est court. En avril, nous avions décidé de faire le tour du mont blanc en bivouac. Nous avons par conséquent investi dans du matériel : tente, duvet, matelas… Une fois équipés, nous n’allions tout de même pas attendre le mois de juillet pour tester notre équipement. Ce sera chose faite un samedi soir au bord de l’Oise, où nous avons passé une nuit assez agitée, entre les animaux, les musiciens et les trains passants. Ca y est, nous avons réussi notre baptême, la nuit fut brève mais nous savons maintenant que nous pourrons réitérer l’expérience, peut-être même sur plusieurs nuits. Les weekends se suivent mais ne se ressemblent plus, ils provoquent une excitation sur le choix de la destination, la préparation, les conditions du départ…

Ces virées nous tiennent en haleine toute la semaine, nous en sommes friands. Et là, nous osons nous dire : Et si on partait plus longtemps ? Vraiment longtemps… Et si on allait voir ce qu’il se passe ailleurs ? Soyons fous et pas qu’à moitié, soyons plus que fous ! Nous partons dans l’idée de quitter Paris l’année prochaine, en juillet pour rejoindre l’Asie en vélo, rien que ça. ! Nous aurons besoin d’un peu plus d’équipement : vélos de randonnée, sacoches, tente quatre saisons… Nous consultons les sites internet, les blogs très bien faits de cyclo touristes pour faire nos emplettes et continuons à tester en situation dès que nous en avons l’occasion. Ces mêmes blogs sont autant d’exemples que nous ne sommes pas seuls à faire ce rêve et qu’il est réalisable. Grâce aux rencontres fortuites, nous engrangeons des informations qui nous rapprochent de notre voie.

Sachant que nos compétences actuelles n’auraient pas forcément leur place en dehors des grandes villes de l’occident, nous avons entrepris, parallèlement à ce projet de voyage, une démarche de formation professionnelle dans des domaines manuels. Savoir faire quelque chose de nos mains pourra le cas échéant nous permettre de gagner notre vie sur le parcours. C’est aussi une façon de faire une transition en douceur, ne pas quitter le système violemment, qui peut malgré tout encore nous apporter quelque chose en vue de cet avenir proche. Nous verrons plus tard si nous pouvons vivre complètement en dehors du système. Est-ce une finalité ?

Ce cheminement nous pousse à nous orienter vers des activités quotidiennes plus douces et en accord avec nos aspirations du moment. Fini le sport dans les salles surpeuplées, sans air ni fenêtre. Nous avons traversé cette période, qui a permis notre rencontre, où nous faisions comme tout le monde sans originalité, sans véritablement nous demander pourquoi nous préférions être dans le bruit et la chaleur plutôt que de lire ou méditer au calme. Nous revenons progressivement à un rythme de vie plus en phase avec notre physiologie et notre ressenti qui se développe, que ce soit au niveau de la nourriture ou du respect de notre sommeil. Apprécier le soleil à sa juste valeur devient source de bien-être et de joie. Se coucher plus tôt permet de dormir moins longtemps tout en récupérant plus vite. Les lectures sont plus profondes, nous délaissons petit à petit les romans policiers au profit des auteurs classiques, philosophes, sociologues… On s’intéresse même à la religion, mais que se passe-t-il ? Il serait peut-être temps de revenir sur terre !

Ce cercle vertueux s’installe progressivement, une activité en alimente une autre. Nos échanges et réflexions sont également plus nourris en générant une émulation qui donne corps à notre conviction d’émancipation. Nous profitons des prochaines vacances en Thaïlande pour partager le quotidien des moines : un repas par jour, absence de parole, pas de lecture ni musique, réveil à 5h du matin… Je profite du temps libre pour écrire sur nos balades en vélo et diverses expériences.

[1] Ivan Illich le considère comme le meilleur moyen de locomotion existant, nous ne pouvons que confirmer.

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